mardi 25 novembre 2008

Joe Biden, le joker d’Obama


On a beaucoup parlé, sur ce blog et dans les médias, de Barack Obama, et assez peu de son colistier Joseph Robinette (!) Biden. Mais pour traiter de la politique internationale des Etats-Unis, il faut impérativement s’intéresser au deuxième homme de l’Etat, Vice-président et grand ponte des affaires internationales américaines, dont l’influence sera significative sur la conduite des US, notamment parce qu’il a obtenu cette position dans la campagne justement afin de crédibiliser Obama en la matière et parce que les veeps (Cheney en est la meilleure illustration) sont tout particulièrement responsables de la diplomatie, cet aspect considéré comme secondaire par bien des américains.

Un homme d’expérience

Joe Biden à 66 ans, est ce que l’on pourrait appeler un vieux routier de la politique américaine. Il a été élu pour la première fois en 1972 à l’age de 29 ans, c’est son sixième mandat successif de sénateur du Delaware, un petit état coincé entre la Pennsylvanie et le New Jersey. Il a donc passé la moitié de sa vie au Sénat!

Une qualité majeure de ce professeur en droit constitutionnel: sa maîtrise des enjeux internationaux. Depuis longtemps on n’avait pas vu à la tête des Etats Unis un homme d’une telle expérience : Président pendant plus de huit ans de la très puissante commission des affaires étrangères du Sénat, Il est respecté bien au delà de son propre parti.

Après s'être fortement engagé dans les guerres des Balkans et notamment en faveur des Bosniacs (pour la levée de l'embargo sur les armes), ila notamment été en 1999 à l’origine de la célèbre résolution qui confiait à Bill Clinton toutes les forces nécessaires pour gérer la crise du Kosovo. Le co-auteur de ce texte était à l’époque un sénateur républicain du nom de… McCain. Joe Biden est aussi l’un des premiers hommes politiques américains à s’être élevé contre la création de la prison de Guantanamo et il en a plusieurs fois demandé la fermeture, la qualifiant de “honte” pour son pays.
"Lorsque je réfléchis à ma carrière d'homme politique, je suis particulièrement fier du travail que j'ai accompli pour mettre fin au génocide dans les Balkans et pour faire adopter la loi contre la violence à l'égard des femmes", résume-t-il dans son autobiographie.


Le ticket gagnant

A 66 ans, l’homme politique américain le plus reçu a l’étranger ne passe environ qu’un tiers de son temps aux Etats-Unis - et encore récemment médiateur en Géorgie - jouit d’une crédibilité peu commune qui a fait de Joe Biden le meilleur partenaire du candidat Obama, auquel on reprochait son inexpérience. Il a été et restera la caution du jeune président en matière de diplomatie. Il sera aussi et surtout, le patron d’Hillary Clinton. Il faut le noter lorsque l’on s’interroge sur le rapprochement des concurrents à l’investiture dont les différents avaient pu sembler irréparables: Hillary Clinton, forte notamment de l’image de Bill au Proche-Orient, sera le sherpa américain dans le reste du monde, la responsable de la diplomatie. Et d’aucuns s’interrogent sur l’identité du véritable patron des affaires internationales. Mais les contre-pouvoirs internes à l’administration sont nombreux. On ne peut négliger notamment le rôle des services de renseignement et le pouvoir de l’armée. Biden lui, pourra superviser l’ensemble de ces services, là ou la diplomatie d’Hillary ne peut pas tout.Évidemment Biden traîne aussi un certain nombre de casseroles: il a par exemple voté en 2002, tout comme Mme Clinton, le Patriot Act : la loi qui a permis à Bush d’intervenir en Irak.
Libre penseur parfois aussi démagogue et électoraliste, il ne garde pas sa langue dans sa poche; un avantage pour le vice-président, souvent chargé d’attaquer l’adversaire politique, mais qui pourrait se retourner en l'occurrence contre son maître.


La Biden Touch

Catholique et fils d’ouvrier de Baltimore, il est l’incarnation des democrats de l’Est : les “blue collars”. Natif d’une région en déclin industriel, la Rust Belt (ceinture de rouille), Il est lui aussi hégérie du rêve américain: parti de rien, aujourd'hui vice-président. Il n’a pas de fortune personnelle: il est le moins riche des sénateurs. Autant d’arguments de proximité d’avec l’Amérique moyenne, pour le moins paradoxal puisqu'on taxait Obama d’intellectuel.
Il est un démocrate centriste, favorable à l’avortement, à l’union civile des homosexuels, au contrôle stricte des hedge funds et les private equity funds dont il dénonce la responsabilité fondamentale dans la crise économique, favorable à la taxation forte des hauts revenus et aux investissements étrangers dans l’économie américaine: ce qu'on apelle les fonds souverains saoudien et chinois ; mais favorable aussi à la peine de mort et à la vente (contrôlée) des armes à feu, grand défenseur des droits d’auteurs et de la propriété intellectuelle, il s’attache à faire bouger les lignes à Washington malgré sa grande expérience du système sénatorial et ne ternit en rien l’image réformatrice de la nouvelle équipe. Sa la liberté de langage a conduit à certaines gaffes célèbres de la campagne.

C’est ce contraste de progressisme et de classicisme, ce côté bavard et proche de la vox populi (et parfois même populiste), que les médias américains qualifient de Biden Touch. Un « nouveau » visage démocrate (lisez l'article sur le reste de l'entourage présidentiel) dont il faudra observer attentivement l'ambiguïté dans les prochaines années.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

logo Obamania